Publié sur le blog de H16, mon camarade du réseau LHC, je relaie ce témoignage poignant et tragique d’un enseignant qui montre le deni de réel dont fait preuve le Mammouth. Il serait grand temps que l’Education Nationale s’occupe de restaurer l’autorité de ses professeurs qu’elle laisse chaque jour sombrer un peu plus dans le desespoir. Plusieurs décénies de pédagogisme ont fait leur oeuvre et le bilan est catastrophique.
La mise en gras de certains passage a été faite par H16.
Il s’agit de la lettre de M. Jean-Paul Saint-Marc, enseignant à l’académie de Bordeaux, à sa hiérarchie.
Jean-Paul SAINT-MARC, Ancien professeur au Lycée les Iris – Lormont
Le 13 novembre 2009
Lettre ouverte à M. le Recteur de l’académie de Bordeaux
Monsieur le Recteur, dans une lettre recommandée du 25 mai 2009, je vous demandais votre arbitrage dans un différend règlementaire m’opposant au proviseur de mon lycée. N’ayant pas eu l’heur d’une réponse, convient-il de conclure à l’absence d’arguments qui me soient opposables ? En effet, la nature du différend est telle qu’elle signifie une irrémédiable rupture du lien de confiance entre sa hiérarchie et le professeur, et réciproquement.
Pour rappel des faits tels que je vous les ai détaillés :
Le portable de l’élève a émis un son qui n’était pas dû à un appel et à l’oubli de couper le fonctionnement de celui-ci, mais à la manipulation de l’élève avec l’intention de troubler le cours. Le repérage a été instantané, l’élève faisant passer son portable « noir » d’une poche de son blouson « blanc » vers le dessous de la table. J’ai donc exigé la remise de l’appareil, saisi suite à plusieurs injonctions avec l’intention décrite ci-dessus. Les 20 minutes qui ont suivies ont été émaillées de remarques et d’interventions inappropriées au cours et un concert de sons curieux et de mots inintelligibles d’élèves ventriloques. La solidarité et le jeu ont des limites qui ont été largement dépassées ici.
A la fin du cours, l’élève fautif est venu réclamer son portable avec le soutien de deux de ses camarades. Après plusieurs refus, après que l’élève responsable ait eu l’autorisation d’éteindre son portable, les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés. Sur le départ, l’élève perturbateur a laissé entendre qu’il y avait quelque chose de raciste, et devant un « pardon ? » fortement interrogatif, s’est rétracté !
Trente minutes plus tard, me rendant chez le proviseur, je n’ai pas été surpris de croiser les élèves qui en sortaient. Ils arboraient un sourire de victoire, puisque sans m’avoir consulté sur les faits, le proviseur avait décidé de ne pas sanctionner le perturbateur, au prétexte, je me permets de le rappeler, que tous les élèves s’opposant au professeur, ce dernier avait nécessairement tort.
En conséquence, surpris et décontenancé par la position de M. le proviseur, j’ai été réduit à attribuer une punition scolaire à l’élève initiateur du trouble, au motif de l’usage intempestif du téléphone, avec l’obligation de réaliser cette punition pour le 26 mai pour être accepté en cours.
Au-delà du conflit interne à un établissement, les faits et l’attitude de l’administration de l’Éducation nationale qui en résulte ont de quoi soulever des questions et de susciter des remarques.
En dépassant l’aspect de la juridiction administrative, il s’agissait d’une lettre d’un professeur qui a été plus que déstabilisé et qui vous l’a formulé ainsi :
Je considère que la position de M. le proviseur contribue à me mettre en difficulté face à la classe. Mais pas uniquement cela, je suis aussi mis en danger tant sur le plan moral que physique. En effet, le professeur que je suis a dépassé l’âge l’autorisant à demander la retraite et sa résilience à l’effet du stress de tels évènements est amoindrie.
Outre la forte amertume que suscite chez le professeur l’insensibilité de sa hiérarchie, cette surdité n’est pas sans rappeler les déclarations des plus hautes instances de l’E.N., à chaque fois que survient un évènement grave dans des établissements de telle ou telle académie. On feint alors l’ignorance, on affirme qu’aucune information n’est remontée permettant de considérer que l’établissement en question est autre chose qu’un « établissement tranquille », et on déclare que l’évènement était imprévisible. L’émotion qui semble alors toucher la classe responsable confine à l’incongruité.
Si par chance, l’académie de Bordeaux a été épargnée jusqu’à ce jour, bien des situations approchent chaque année le point de rupture…
Pour qui suit l’actualité de l’EN, force est de conclure que la surdité interne est un principe fondamental de gestion du système dont j’expose ici un des aspects. Pour revenir à l’aspect juridique des suites que j’aurais pu engager au tribunal administratif, outre que la procédure en est toujours aléatoire, ce que l’administration sait, elle s’inscrit généralement dans la discrétion recherchée et n’a le plus souvent que peu de conséquences visibles ce dont l’administration s’accommode fort bien… Je n’aborde même pas l’obligation de réserve du fonctionnaire tant elle suppose en retour la considération de son administration qui est ici hors sujet !
Pour revenir aux faits et à la position prise par le chef d’établissement, alors que le règlement intérieur indique une interdiction formelle du portable en cours, il y a là une démonstration faite aux élèves que les règles énoncées peuvent être contournées. Quand on sait que pour se targuer d’être un modèle l’E.N. rajoute le qualificatif « citoyenne » à éducation, là on aboutit à la tartufferie la plus schizophrène…
Comme je l’ai précisé, « les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés » révèle qu’il s’agit d’un fonctionnement devenu coutumier, et se trouve là l’expression stricto-sensu des décrets de juillet 2000 sur le règlement intérieur des « Établissements Publics Locaux d’Enseignement ». D’un esprit déjà suspicieux à l’encontre des enseignants et personnels de l’E.N. desquels il faut protéger l’élève, le zèle particulier du clientélisme désormais installé (et subrepticement introduit dans la notion de mérite) au sein de l’E.N., en fait des employés qui doivent complaire à des « clients » ! Là aussi, on n’est pas à une contradiction près quand les instances de l’E.N. déplorent le consumérisme des familles !
Reste à l’E.N., à sa hiérarchie et aux divers ministres de l’E.N. d’assumer véritablement leurs responsabilités, ce dont ils s’exonèrent en permanence… Autant ceux-ci se gargarisent des apports de l’éducation au fonctionnement de la société et à l’intégration de la jeunesse, ce qui me paraît de moins en moins juste, autant ils se taisent lorsque des évènements liés à l’anti-éducation dispensée au sein de l’École viennent faire l’objet de la rubrique des faits divers et délits.
Depuis la rentrée, par deux fois au moins, Sud-ouest s’est fait l’écho d’un délit de fuite lors d’un contrôle policier de deux roues… En effet, à l’École on apprend que l’on peut passer outre le règlement, qu’il suffit de se récriminer, de s’organiser en clan pour imposer « sa » loi, pourquoi cela n’en serait-il pas de même dans la « vraie » vie ? Le premier et ses suites relatés dans SO les 8/9 et 10 septembre ont eu lieu à Lormont. Commune aux quartiers sensibles, cela aurait pu dégénérer sans le sang-froid des policiers… Le second dans SO du 29 octobre, encore un délit de fuite, ici d’un jeune majeur à Pessac. Après une course poursuite, il a été touché par la voiture de police, mais sans gravité… Ouf ! Enfin, là on ne voit pas l’E.N. revendiquer sa « réussite » comme elle le fait à chaque étalage d’éducation « citoyenne » et bien-pensante pourvoyant au spectacle lénifiant et mystificateur qu’il convient d’exposer à l’opinion publique…
Le tableau n’est pas complet si on ne rappelle pas le contexte de l’orientation sociale donnée au fonctionnement de l’E.N. Désormais la référence est l’élève en difficultés, celui à qui on n’a de cesse de dire qu’il est victime de la société, lui appliquant une pédagogie de commisération le plaquant ainsi dos à ses origines sociales, quitte même à entrainer dans le déclassement une partie des catégories ayant bénéficié par le passé de l’ascenseur social républicain… Comment peut-on alors penser qu’il ait encore envie de s’intégrer dans la société ? En fait les seuls gagnants, comme d’habitude, sont ceux qui affichent le « beau rôle » qui conforte l’indigent dans sa situation.
Quel est le bilan de cette politique assénée à l’enseignement public (dans l’académie pour le moins) ? Il est des évaluations difficiles à contester malgré les résultats aux examens largement « dopés », des comparaisons faites sur des calculs tenant compte des catégories sociales et déterminés par le M.E.N. lui-même… Ainsi en Gironde, le classement de l’Express en 2008 de 38 lycées, 27 publics et 11 privés, voit dans les 10 premiers seulement 4 établissements publics alors qu’ils sont les plus nombreux… Les deux lycées les plus prestigieux de Bordeaux se retrouvent 10ème (Eiffel) et 14ème (Montaigne). Le sens de cette lecture se retrouve chez « L’Étudiant » et d’autres médias, autrement dit elle est générale. En quelques années, le public, à qui on impose des règles de fonctionnement aberrantes, a chuté face au privé de façon dramatique…
Monsieur le Recteur, on prétend actuellement rechercher plus d’efficacité dans la fonction publique… En réalité, cette politique appliquée à l’E.N. n’a d’autre finalité que de développer des apparences. Elle montre qu’elle n’a cure, outre de sa réelle efficacité sur le plan social, des personnels qu’elle expose à toutes les vicissitudes même s’ils en subissent de forts préjudices. En somme, tenter de répondre à mon courrier aurait été reconnaître les défaillances d’un système dans lequel vous assumez des fonctions importantes.
En conclusion, nous sommes sur la « bonne » voie, celle d’un objectif de 10% à 20% de la population instruite nécessaire pour assurer le fonctionnement de la société que l’on installe. Quant au reste, dont l’acculturation programmée le prive des savoirs permettant de comprendre et de participer à la gestion le monde, il sera cantonné au « tittytainment », ce qu’explique si bien Jean-Claude Michéa dans « L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes »…
Veillez agréer, Monsieur le Recteur, mes respectueuses salutations.
Librement vôtre est membre du réseau LHC
Hier soir, France et Algérie gagnaient toutes deux leur match de qualification pour la coupe du Monde de football. Dans les rues de Paris, on célébrait massivement la victoire algérienne et les voitures arborant le drapeau blanc-vert ont klaxonné jusque tard dans la nuit. En revanche, presque aucun drapeau français ne flottait pour célébrer la victoire des bleus.
Pour ma part, je trouve cela choquant. Deux hypothèses : soit les personnes qui célébraient la victoire algérienne sont elles-mêmes de nationalité algériennes. Dans ce cas, je me désole de voir à quel point le sentiment national fait défaut pour soutenir notre équipe de foot et j’applaudis le soutien qu’apportent les algériens à leur équipe. Soit les personnes qui célébraient cette victoire sont françaises et je me désole alors de constater une fois de plus la faillite de notre système d’intégration face à des personnes qui ne célèbre QUE la victoire de leur pays d’origine, sans célébrer la victoire de leur pays d’adoption. J’aurais pour ma part apprécié voir les drapeaux des deux pays flotter sur les voitures. Ce ne fut pas le cas, seul le drapeau algérien flottait. Dont acte. C’est un petit fait anodin sans doute, mais ce grand révélateur du sentiment national qu’est la compétition sportive devrait nous alerter sur la faillite de notre politique migratoire et nous inciter à repenser la façon dont nous accueillons les cent mille nouveaux compatriotes issus de l’immigration qui intègrent chaque année la France et dont un certain nombre à l’évidence ne se sent pas français. Après 30 ans de laxisme et de tiers-mondisme, nous en sommes là.
Mon execration vicéral du vandalisme d’une pelouse par vingt-deux philistins gominés et de la pollution sonoro-alcoolique récurente de nos rues par leurs adulateurs grégaires et phallocrates ne peut que m’inciter à appeler à un vote massif pour “je hais le foot”.
En conclusion de mes précédents billets sur le débat qui a opposé Eric Zemmour face à Tariq Ramadan, puis sur la réponse que fit Caroline Fourest, journaliste mise en cause par Monsieur Ramadan pour un livre dans lequel elle dénonçait la double langage de l’intellectuel musulman, je publie le débat houleux qui s’est tint hier soir sur le plateau de l’excellente émission Ce Soir ou Jamais entre Madame Fourest et Monsieur Ramadan. A lire également l’analyse de ce débat par mon camarade du réseau LHC, Jean Robin, dont je ne partage pas la position anti-islam, mais qui a le mérite d’énoncer clairement ses idées.
Partie 2
Partie 3
Partie 4
La fébrilité commémorative qui embrasait médias, politiques et intellectuels pour la célébration, vingt ans après, de la chute du mur de Berlin me laisse décidément perplexe. Voilà quinze jours que chacun préparait l’évènement à grand renfort de chroniques matinales, d’interviews de protagonistes, d’articles historiographiques, pour communier dans cette apothéose finale que constitua lundi dernier la chute des dominos berlinois. Cela, au nom d’une même exigence : le devoir de mémoire. Et il y a dans cette formule consacrée quelque chose qui ne lasse pas d’intriguer. Qu’est ce qu’est ce devoir de mémoire ? A fortiori, qu’est-ce qui justifie un tel impératif vis-à-vis d’un évènement qui s’est produit dans un pays qui n’est pas le notre ? Enfin, qu’est-ce qui fonde notre sélection des faits passés que nous nous faisons un devoir de célébrer ?
Etymologiquement, le devoir fait toujours référence à une dette. Qui dit dette dit engagement d’un débiteur envers son créditeur. Or je vois mal ce qui justifierait, dans la notion de commémoration, une quelconque dette à l’égard du passé. Et pour commencer envers qui devrions-nous nous sentir débiteur ? La jeunesse berlinoise ? Les dirigeants soviétiques ? Ces policiers qui n’ont pas tiré ? En portant l’assaut au mur de Berlin, la jeunesse enthousiaste avait-elle d’autres préoccupations que sa propre liberté ? Les acteurs politiques, de Mitterrand à Gorbatchev avait-il d’autres objectifs que la satisfaction de leurs intérêts stratégiques respectifs ? Les policiers avait-ils le choix devant l’ordre reçu de laisser faire ? Si dette il y a, elle ne résulte que d’un fantasme, d’une reconstruction a posteriori de l’événement en postulant que chaque acteurs était pleinement conscient des enjeux multiples qui se jouaient là. Ce serait faire fi de la multitude qui caractérise chaque fait historique : multitude d’intérêts contradictoires, multitudes d’acteurs, multitudes de points de vue divergents.
Ce serait également prendre le fait célébré pour ce qu’il n’est pas : une rupture alors que l’Histoire n’est qu’une continuité. La commémoration célèbre le fait historique, non pas comme un fait parmi d’autres, mais comme un tout. Un tout qui nie le passé qui l’a précédé et préparé, mais qui dénie également au futur tout ce qu’il aurait pu être de différent. On commémore ce qui va dans le sens de l’Histoire. Dans ce sentimentalisme exacerbé pointe l’idée que le présent serait l’héritage direct et le prolongement du seul événement commémoré. Or, la chute du mur n’aurait pas été possible sans 1956, 1968, Prague, Budapest, le XXè congrès du PCUS, etc. La fin de la division berlinoise aurait également pu ressusciter une Allemagne aux prétentions hégémoniques et autoritaires. Dans ce grand mélange des genres, des situations et des ambigüités historique, la mémoire collective mobilise le registre de l’affectif dans le sens, soit du ressentiment, soit de l’Amour dans un mode de traitement qui est toujours un peu binaire, manichéen et insensibles à l’immensité des subtilités qui sillonnent l’Histoire. On passe du noir au blanc, du totalitarisme à la liberté retrouvée, de la division à l’union, du mal au bien.
Quant à cette mémoire collective qui sous-tend le devoir de commémorer, elle me semble également infondée. Le tableau de René Magritte représentant un buste de marbre, la tempe ensanglantée après qu’une pierre l’eut heurté, illustre ce qu’est le souvenir, en tant que quelque chose qui heurte, qui balafre, qui traumatise la conscience humaine(1). Emanation de la sensibilité individuelle de celui qui a vu, entendu ou senti, le souvenir crée une rupture dans le processus d’oubli libérateur et force l’individu à un retour au passé, malgré lui, pour se remémorer une souffrance enfouie. Si le souvenir et la mémoire sont propres à l’individu, étendre cette capacité à un « nous » collectif reste extrêmement précaire. Car la collectivité n’a pas vécu le passé. Elle n’a ni vu, ni entendu, mis à part certains de ces membres qui témoignent, avec tout ce que le témoignage a de subjectif. Mais la majorité de ce groupe ne peut dire « j’y étais ». Il n’y a donc pas de mémoire collective possible stricto sensu.
« Les peuples heureux n’ont pas d’Histoire » -Paul Valéry-
On veut souvent nous persuader que l’Histoire, et a fortiori ce que nous tenons pour mémorable, mènent à une forme de sagesse qui nous permettrait de bannir le retour des malheurs passés. Cependant L’Histoire est réservoir dans lequel la conscience peut puiser ce qu’elle veut pour fabriquer du mythe, comme le démontrait brillamment Serge Carfantan en 2004 (2). La commémoration, faire mémoire ensemble de quelque chose, n’est donc en rien le règlement d’une dette que nous devrions payer aux générations passées, ce n’est pas non plus la résurrection d’un souvenir, puisque la plupart des gens n’ont pas vécu le fait historique. C’est la construction d’un symbole. Et je m’interroge sur la validité, le bien fondé d’un tel symbole : édifier un mythe sur la base de la mémoire, par le biais de témoins qui révèlent le stigmate d’une souffrance passée, d’un traumatisme subi, n’est-ce pas nous condamner à un perpétuel état de névrose ? En un mot : nous glorifions « un passé qui ne passe pas », selon les mots d’Eric Conan et Henry Rousso.
Lorsque nous commémorons la chute du mur, nous célébrons la liberté retrouvée des berlinois. Dont acte. Or pour qu’il y ait liberté retrouvée, il faut qu’il y ait eu dictature et totalitarisme. Dès lors, la vérité de la commémoration nous apparaît, non plus comme une joie, mais comme la régénération du douloureux souvenir de cinquante ans de communisme. Pour avancer, la vie a besoin de l’oubli comme condition de son renouveau. Paul Valéry écrivait : « Quand la vie ne sait plus regarder vers l’avenir, elle y entre à reculons, quand elle ne sais plus que regarder vers le passé et le macérer sans fin, elle perd toute sa capacité à créer. La vie avance à mesure que l’oubli cicatrice les plaies du passé » (3). L’oubli serait donc une libération que veut altérer l’Histoire par les stigmates qu’elle laisse sur la conscience collective.
Il me semble que ce mouvement de commémoration appartient au champ de la névrose et de l’irrationnel. Connaître l’Histoire est une chose. Reproduire et rejouer littéralement un moment historique m’apparaît comme une maladie de l’âme de nos sociétés. Tout se passe comme si l’on voulait refaire tomber un mur que l’Histoire n’a point fait tomber assez, ou dans un sens autre que celui que l’on aurait souhaité. Car au delà de la célébration, il y a cette conscience que la chute du mur a sans doute marqué l’avènement d’une époque plus dangereuse encore que la précédente. La fin des années quatre-vingt a vu de nouveaux dangers et de nouveaux conflits surgir. Comble de l’ironie pour un Occident qui se réjouissait de la fin de l’Histoire. Par la célébration mimétique de la chute du mur, nous tentons, en vain, de faire revivre des valeurs qui sont justement passées, autant que de conjurer les menaces qui sont nées de cette situation nouvelle.
Symptôme de cette névrose, le devoir de mémoire est devenu, par son organisation, la nouvelle religion postmoderne après que les grands monothéismes aient été chassés de la sphère publique. Les livres d’Histoire deviennent Bibles, Torah et Coran. Les tribunes de discours ont remplacé les autels, les tribuns les prêtes, les citoyens les croyants, les commémorations les messes. Alain Finkielkraut écrivait dans son dernier livre que « l’Histoire est l’avatar moderne de la théodicée » (4). Nous en sommes là, je le crois. Preuve sans doute que l’Homme ne peut se passer d’un rapport au spirituel ? L’Histoire remplace Dieu. Elle sait tout, elle justifie tout, elle explique tout. Et ce besoin du mémorable ne se limite plus à la France, il s’internationalise. Dans le grand ensemble mondialisé, la mémoire collective ne se satisfait plus des histoires nationales. Elle voit plus grand, comme en témoigne la présence de Nicolas Sarkozy à Berlin pour l’anniversaire de la chute du mur et celle d’Angela Merkel pour la célébrations du 11 novembre à Paris. Un peuple qui ne connaît pas son passé s’expose à le revivre disait Eli Wiesel. Certes. Mais nous gagnerions parfois à laisser l’oubli recouvrir le passé de son voile doux et léger. Un voile qui ne cache pas, mais qui attenue. Non pas pour renier ce que nous fûmes, mais pour cicatriser des plaies que nous réouvrons sans cesse en nous complaisant dans cette fièvre commémorative.
« Il n’y a pas d’Histoire de la paix, la paix ne participe pas au temps » -Nietzsche-
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(1) : Paul Valéry – Regards sur le Monde Actuel
(2) : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/histoire4.htm
(3) : René Magritte – La Mémoire
(4) : Alain Finkielkraut – Un cœur intelligent
Je publie ce petit film réalisé par Marc Meillassoux et Tanguy Malibert dans le cadre du concours “Berlin Remix 09” autour du thème : les 20 ans de la chute du mur, organisé par l’INA en partenariat avec dailymotion. Une très belle réalisation, simple et sincère, qui nous permet de mieux comprendre ce que fut Le Mur. En complément de ce film, je suis en préparation d’un billet sur la notion de devoir de mémoire et les interrogations légitimes qu’elle fait surgir. A paraître prochainement. Je vous souhaite un très bon moment avec ce film : Berlin erwacht…
Le mouvement de dérépublicanisation de la France est profondément le même mouvement que le mouvement de sa déchristianisation. C’est ensemble un même, un seul mouvement de démystication. C’est du même mouvement profond, d’un seul mouvement, que ce peuple ne croit plus à la République et qu’il ne croit plus à Dieu. Une même stérilité dessèche la cité politique et la cité chrétienne. C’est proprement la stérilité moderne.
Charles Péguy – Notre jeunesse
En écho à mon premier billet sur l’identité nationale et le débat qui commencent à agiter le paysage politico-médiatique, il me semblait important de publier ce second commentaire, en intégrant la prise de distance qui s’impose lorsque les premières passions sont retombées. Il est manifeste que nous touchons actuellement à l’un des débats les plus fondamentaux qu’ai connu la France depuis une certain nombre d’année. C’est en effet une question capitale et d’autant plus importante que la France joue quitte ou double en s’interrogeant sur elle-même : que signifie être Français en 2009 ?
Un certain nombre de boucliers se sont levés lors de l’annonce de ce débat. A raison me semble-t-il, car il n’y a qu’un pas à franchir entre le “Qu’est-ce qu’être Français?” et “Qui n’est pas Français?“. Un certain nombre de partis l’ont parfaitement compris et ont eu raison d’alerter l’opinion sur les menaces qui pèsent sur une telle question. En effet, la grande erreur qui sous-tend cette controverse serait de définir, non pas un socle de valeurs qui nous rassemblent, mais un catalogue de critères propres à exclure autrui. Il est donc capital, dans le traitement de cette question, de veiller à ce qu’elle ne soit pas un vecteur de rejet. Ce serait contraire à tout ce qui a forgé la France au fil des siècles. De par l’universalité de ses valeurs, elle a toujours eu vocation à réunir les Hommes. C’est la raison pour laquelle elle a une longue tradition de terre d’accueil. L’interrogation de l’identité française ne peut donc aboutir à définir ce qu’est un “Français type”. Cette réflexion, tous les totalitarismes l’ont mené, avec la faillite, les massacres de masse et la bestialité que l’on sait.
En revanche, cette réflexion doit aboutir à redéfinir, réactualiser, dépoussiérer les valeurs sur lesquelles nous souhaitons fonder notre “vivre-ensemble”. Il est manifeste que la France avance dans l’obscurité. Chacun peut constater que l’Ecole ne remplit plus son rôle d’intégrateur social et de promotion au mérite. L’Université n’est plus ce sanctuaire de la connaissance et de l’excellence qu’elle fut autrefois. Le matérialisme s’est érigé en religion du monde moderne, fermant un certain nombre d’horizons intellectuels à nos concitoyens. L’idée même de la République s’est perdue à l’image du délabrement de sa devise : “Etatisme, inégalité, individualité”.
Ce débat, j’en reste convaincu, est nécessaire pour redire, à l’aube du XXIè siècle, ce qui nous rassemble, en tant que Français. Il doit mener à une réflexion pour déterminer les principes que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Il doit nous permettre de mieux accueillir les personnes souhaitant intégrer la nation française. Il doit aboutir à modifier notre société pour redonner un sens à la promotion au mérite et à l’excellence. Tant de questions en dépendent : Face à l’avancé des communautarismes religieux, où souhaitons nous placer le curseur de la laïcité ? Entre auto-flagellation et nombrilisme extasié, quel position équilibrée pouvons-nous adopter pour enseigner notre Histoire ? Entre immigration zéro et porte grande ouverte,comment intégrer avec décence nos nouveaux compatriotes tout en gardant la maîtrise des flux migratoires ? Entre oubli de nos traditions et nostalgie du passé, comment mener la France dans la modernité mondialisée ? C’est à toutes ces interrogations que ce débat, bien mené, devrait permettre de répondre.
Il est d’autant plus nécessaire que notre modèle est attaqué, comme le montre cette vidéo. Elle est extraite du débat qui a eu lieu le jeudi 5 novembre sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais entre Houria Bouteldja et Eric Besson sur la question de l’identité nationale. Le discours de Madame Bouteldja est le suivant : l’identité française est un crime, car nous sommes tous des esclavagistes, des colonisateurs barbares et des oppresseurs de minorités. Et au nom des erreurs commises par le passé, nous devrions renoncer à être nous-mêmes pour adopter toutes les cultures, revanchardes, qui arrivent sur le territoire français. Notre culture serait donc une barbarie, celle des autres serait une émancipation. Paradigme de mensonge, de terrorisme intellectuel et d’ignorance. Un tel discours est précisément ce à quoi ne devrait pas non plus aboutir le débat sur l’identité française.
L’INTEGRAL DE L’EMISSION A REGARDER ICI
Mon pearltrees du débat sur l’identité nationale à découvrir ici :
Il traînait sur un coin d’étagère poussiéreuse, acheté sous le coup d’un mouvement compulsif quelques années auparavant. Et puis, au détour d’un matin, dans l’agitation fébrile précédant la routine quotidienne du métro parisien, quelle ne fut pas ma surprise de le retrouver. Désœuvré et à la recherche de quelques saines lectures, je décidais de l’emporter dans les viscères grouillantes des transports.
Je viens de terminer la lecture de l’ouvrage de Gilles Kepel : « Fitna, guerre au cœur de l’Islam », paru chez Gallimard. Quoi que datant de 2004, l’ouvrage n’en a pas perdu pour autant sa pertinence et il nous éclaire sur les stratégies qui ont régi la géopolitique du Proche-Orient depuis le 11 septembre 2001. En outre, il n’est pas inintéressant de relire cette démonstration à la lumière de la situation dans laquelle se sont embourbées les démocraties occidentales, tant en Afghanistan qu’en Irak. L’auteur, directeur de recherche au CNRS/CERI est aussi professeur à l’IEP où il dirige le programme de troisième cycle sur les mondes arabo-musulmans. Dans ce livre, Gilles Kepel retrace le parcours à la fois antagoniste et convergent des deux doctrines que sont le néoconservatisme américain et le Jihad Islamique théorisé par Aymân al-Zawâhirî, l’idéologue égyptien d’Al-Qaïda. Ces deux idéologies, quoi que proposant une vision du monde viscéralement opposée l’une à l’autre, aboutissent à la même conclusion décisive : Le Proche-Orient ne sortira du chaos dans lequel il est plongé que par une mutation radicale et révolutionnaire.
Dans une première partie, l’auteur nous replonge dans l’Amérique des années quatre-vingt-dix et raconte l’ascension jalonnée d’échecs des néo conservateurs au sein de l’appareil d’Etat américain qui se soldera par un triomphe en 2000 lors de l’élection de Georges W. Bush à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Largement inspirés de la philosophie politique de Léo Strauss, les néoconservateurs – Albert Wohlstetter, Paul Wolfowitz et William Kristol en tête – appliquent une vision radicale et manichéenne à la situation au Proche-Orient pour définir les nouvelles orientations stratégiques des Etats-Unis. Dans l’optique de ménager à la fois l’impératif de sécurité d’Israël et l’approvisionnement régulier des Etats-Unis en pétrole, les désormais célèbres « faucons » de la Maison Blanche sont décidés à remodeler de fond en comble l’équilibre – ou les déséquilibres, selon le point de vue – de la péninsule arabique. La destitution de Saddam Hussein et la démocratisation du monde arabe, imposée ou acceptée, deviennent dans cette perspective des objectifs essentiels dont la mise en œuvre est permise par le cataclysme des attentats du 11 septembre 2001. Au nom d’une « croisade » contre le terrorisme, selon l’expression malheureuse du président Bush, les Etats-Unis s’engageaient militairement en Afghanistan puis en Irak, fermement décidés à donner corps à la doctrine des néoconservateurs.
En parallèle à cette stratégie américaine, Gilles Kepel raconte dans une seconde partie l’histoire personnelle de celui qui est devenu le théoricien moderne du Jihad islamique : Aymân al-Zawâhirî. Fortement influencé par la doctrine des Frères Musulmans pendant son adolescence en Egypte, Zawâhirî s’engagea dans le Jihad afghan contre les soviétiques et s’écarta de ses mentors pour prôner une tactique résolument plus offensive, qui corroborait en un sens la thèse de Samuel Huntington concernant un choc futur des civilisations. Constatant le déclin du Jihad des années 90 et son échec à l’instauration d’Etats islamiques à la place des dictatures arabes nationalistes, l’Egyptien substituait un ennemi lointain, capable de mobiliser les foules de l’oumma, à un ennemi proche, c’est-à-dire les despotes arabes. Cet ennemi lointain, c’est l’Occident, impie et historiquement hostile à l’Islam, selon Zawâhiri. En utilisant les médias avec ambiguïté et en « franchisant » un certain nombre de groupuscules regroupés sous un même label, « Al Qa’ida » est devenu une véritable enseigne marketing, un réseau tentaculaire et obscure, dont la géométrie varie selon les besoins.
PORTER LA GUERRE AU SEIN DU DAR AL-KUFR
Le conflit israélo-palestinien constitua l’occasion rêvée pour les jihadistes de mettre en œuvre cette nouvelle stratégie. La deuxième Intifada en 2000 fut largement instrumentalisée dans l’optique de soulever l’Oumma, la communauté des croyants, contre « l’ennemi croisé » judéo-chrétien. Cette séquence se poursuivit et aboutit aux attentats du World Trade Center, de Madrid, puis de Londres, dont la portée symbolique et l’ampleur devaient être assez fortes pour emporter l’adhésion du monde musulman, soudé dans un grand combat contre le dar al-kufr, le royaume de l’impiété. Ce fut une apothéose pour Zawâhirî et son financier, Oussama Ben Laden, lorsque les Etats-Unis, suivis des pays de l’OTAN, s’engagèrent dans une guerre contre le terrorisme en Afghanistan, puis en Irak. La réussite des attentats dépassait toutes leurs espérances et l’Occident mobilisé attaquait enfin le dar el islam, la terre d’islam. Le Jihad n’attendait plus que le soulèvement des peuples musulmans contre les forces impies pour mener la grande bataille idéologique qui déterminerait le visage du monde futur. Ce soulèvement n’eu cependant pas lieu. L’Afghanistan et le régime totalitaire des Talibans s’effondra sans coup férir et l’Irak s’enfonça dans une guerre civile entre Chiites, Sunnites et Kurdes qui semble ne pas vouloir se terminer. L’Oumma n’a pas répondu à l’appel de l’Histoire. Il n’en reste cependant pas moins que la boite de Pandore fut ouverte. Gilles Kepel décrit méticuleusement comment l’invasion américaine de l’Afghanistan et de l’Irak a déstabilisé le Proche-Orient, non pas en faveur d’une vague démocratique comme l’escomptaient les néoconservateurs, mais dans le sens d’une explosion des tensions et des équilibres subtiles qui structuraient la vie des différentes communautés dans la région.
L’auteur s’intéresse tout particulièrement aux rapports ambiguës et souvent contradictoires qu’a menés l’Arabie Saoudite avec les Etats-Unis d’une part, et avec les mouvements salafistes les plus radicaux d’autre part. Tandis qu’elle fermait les yeux sur les prêches d’un certain nombre d’Oulémas islamistes et qu’elle les laissait s’approprier le contrôle des mœurs, la dynastie saoudienne s’assurait une protection sans faille des Etats-Unis en se positionnant comme un allié incontournable dans la guerre pour le pétrole. C’est au sein de ce terreau fertile et extrémiste que de nombreux Jihadistes ont été formés militairement et idéologiquement pour la lutte contre l’Occident. Cependant, cette manne de consciences à endoctriner n’allait pas sans attiser jalousies et convoitises entre les différents mouvements islamistes et l’auteur explique brillamment la bataille que se livrent les oulémas salafistes et la mouvance des Frères musulmans en Arabie Saoudite mais également au-delà des frontières du monde musulmans pour le contrôle idéologique du Jihad et des esprits. C’est cette guerre que redoutent les docteurs de la loi islamiques sous le nom de Fitna.
Ce qui amène Gilles Kepel à clore son livre par un ultime chapitre sur cette bataille qui s’est prolongée jusque dans les banlieues des villes européennes. Par une conquête discrète et rampante des consciences, les jihadistes continuent de mener le combat. Selon la doctrine des Frères musulmans, la tactique est simple : « normaliser la perception de l’Islam » au sein de sociétés occidentales encore méfiantes pour préparer une offensive plus brutale, au nom du principe de dissimulation (al Taqqiya). Un discours d’apaisement désormais bien connu, illustré par des figures médiatiques et consensuelles à l’instar de Tariq Ramadan. Pendant ce temps, tant sur le Londonistan, les banlieues françaises que sur le quartier du Raval à Barcelone, une burqa de plomb s’abat sur les esprits. Le livre conclut en rappelant que la bataille d’Europe ne doit pas masquer l’objectif réel des jihadistes : la conquête de l’Oumma par l’instauration de la char’ia islamique et la destitution des régimes arabes impies, vendus aux infidèles occidentaux, prélude incontournable à une conquête plus large.
Bien que vieux de cinq ans, ce livre conserve tout son intérêt et plus encore, la mise en garde qu’il profère a conservé tout son sens. Je dois avouer que je suis séduit par la thèse du livre selon laquelle l’occident, même s’il n’est qu’un dérivatif du Jihad, est le terrain d’une bataille qui ne dit pas encore son nom. La conclusion principale à tirer de cet ouvrage me semble claire : ne nous trompons pas d’ennemi. Faire une chasse à l’islam, c’est faire le jeu des islamistes. Je rejoins en ce sens les critiques faites à des sites tels que Riposte Laïque ou autres : stigmatiser l’ensemble des musulmans, c’est faire un amalgame. Ma position sur le sujet, incertaine auparavant, s’est affirmée après la lecture de ce livre : l’Islam n’est pas l’ennemi. L’Islam ne doit pas être l’ennemi. C’est l’islamisme que nous devons combattre. Nous ne gagnerons rien à rejeter les foules musulmanes, les poussant derechef dans les madrasas du totalitarisme islamiste. Nous gagnerons tout à les aider à forger un Islam européen, laïque et respectueux des valeurs occidentales. Il me semble que cette évolution est possible, si ce n’est nécessaire. Néanmoins, elle ne se fera que dans un rapport d’honnêteté et de transparence. Il est légitime de demander aux représentants européens de l’Islam de clarifier leurs positions sur un certain nombre de sujet et de pratiquer un droit d’inventaire. Mais il est légitime également d’être attentif et de dénoncer la diabolisation de l’Islam. Ne faisons pas de certains de nos compatriotes musulmans, des citoyens de second rang. Comme disait l’autre : « Y a qu’à, faut qu’on »…
Ainsi, la bataille qui se joue pour le devenir de l’islam d’Europe est cruciale, et son importance n’a pas échappé à ceux qui veulent édifier sur le vieux continent une citadelle intérieure figée dans ses articles de foi en pleine “terre de mécréance”. Face à cela, il n’est d’autre choix que d’oeuvrer pour la pleine participation démocratique de la jeunesse d’originie musulmane à la vie citoyenne, à travers les instruments, notamment éducatifs et culturels, qui favorisent l’ascension sociale et accompagnent l’émergence des nouvelles élites issues de ces populations. Il leur reviendra d’incarner par excellence, par-delà les chimères du jihad et de la fitna, et au-delà des frontières de l’Europe, le nouveau visage d’un monde musulman réconcilié avec la modernité.
Gilles Kepel (Fitna, Guerre au coeur de l’islam ; p.342)






