L’Identité nationale : Houria Bouteldja vs. Eric Besson
En écho à mon premier billet sur l’identité nationale et le débat qui commencent à agiter le paysage politico-médiatique, il me semblait important de publier ce second commentaire, en intégrant la prise de distance qui s’impose lorsque les premières passions sont retombées. Il est manifeste que nous touchons actuellement à l’un des débats les plus fondamentaux qu’ai connu la France depuis une certain nombre d’année. C’est en effet une question capitale et d’autant plus importante que la France joue quitte ou double en s’interrogeant sur elle-même : que signifie être Français en 2009 ?
Un certain nombre de boucliers se sont levés lors de l’annonce de ce débat. A raison me semble-t-il, car il n’y a qu’un pas à franchir entre le “Qu’est-ce qu’être Français?” et “Qui n’est pas Français?“. Un certain nombre de partis l’ont parfaitement compris et ont eu raison d’alerter l’opinion sur les menaces qui pèsent sur une telle question. En effet, la grande erreur qui sous-tend cette controverse serait de définir, non pas un socle de valeurs qui nous rassemblent, mais un catalogue de critères propres à exclure autrui. Il est donc capital, dans le traitement de cette question, de veiller à ce qu’elle ne soit pas un vecteur de rejet. Ce serait contraire à tout ce qui a forgé la France au fil des siècles. De par l’universalité de ses valeurs, elle a toujours eu vocation à réunir les Hommes. C’est la raison pour laquelle elle a une longue tradition de terre d’accueil. L’interrogation de l’identité française ne peut donc aboutir à définir ce qu’est un “Français type”. Cette réflexion, tous les totalitarismes l’ont mené, avec la faillite, les massacres de masse et la bestialité que l’on sait.
En revanche, cette réflexion doit aboutir à redéfinir, réactualiser, dépoussiérer les valeurs sur lesquelles nous souhaitons fonder notre “vivre-ensemble”. Il est manifeste que la France avance dans l’obscurité. Chacun peut constater que l’Ecole ne remplit plus son rôle d’intégrateur social et de promotion au mérite. L’Université n’est plus ce sanctuaire de la connaissance et de l’excellence qu’elle fut autrefois. Le matérialisme s’est érigé en religion du monde moderne, fermant un certain nombre d’horizons intellectuels à nos concitoyens. L’idée même de la République s’est perdue à l’image du délabrement de sa devise : “Etatisme, inégalité, individualité”.
Ce débat, j’en reste convaincu, est nécessaire pour redire, à l’aube du XXIè siècle, ce qui nous rassemble, en tant que Français. Il doit mener à une réflexion pour déterminer les principes que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Il doit nous permettre de mieux accueillir les personnes souhaitant intégrer la nation française. Il doit aboutir à modifier notre société pour redonner un sens à la promotion au mérite et à l’excellence. Tant de questions en dépendent : Face à l’avancé des communautarismes religieux, où souhaitons nous placer le curseur de la laïcité ? Entre auto-flagellation et nombrilisme extasié, quel position équilibrée pouvons-nous adopter pour enseigner notre Histoire ? Entre immigration zéro et porte grande ouverte,comment intégrer avec décence nos nouveaux compatriotes tout en gardant la maîtrise des flux migratoires ? Entre oubli de nos traditions et nostalgie du passé, comment mener la France dans la modernité mondialisée ? C’est à toutes ces interrogations que ce débat, bien mené, devrait permettre de répondre.
Il est d’autant plus nécessaire que notre modèle est attaqué, comme le montre cette vidéo. Elle est extraite du débat qui a eu lieu le jeudi 5 novembre sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais entre Houria Bouteldja et Eric Besson sur la question de l’identité nationale. Le discours de Madame Bouteldja est le suivant : l’identité française est un crime, car nous sommes tous des esclavagistes, des colonisateurs barbares et des oppresseurs de minorités. Et au nom des erreurs commises par le passé, nous devrions renoncer à être nous-mêmes pour adopter toutes les cultures, revanchardes, qui arrivent sur le territoire français. Notre culture serait donc une barbarie, celle des autres serait une émancipation. Paradigme de mensonge, de terrorisme intellectuel et d’ignorance. Un tel discours est précisément ce à quoi ne devrait pas non plus aboutir le débat sur l’identité française.
L’INTEGRAL DE L’EMISSION A REGARDER ICI
Mon pearltrees du débat sur l’identité nationale à découvrir ici :





Je tombe “par hasard” sur ce billet qui est une excellente analyse.
Je rédige actuellement une note qui présente beaucoup de similitudes avec la vôtre. Je pense que ce débat aurait pu faire l’économie des interrogations liées au timing électoral à venir.
Bonjour,
Merci pour votre commentaire, n’hésitez pas à m’envoyer votre billet, je le lirai avec intérêt. En effet, je pense comme vous que le débat sur la tactique politique en vue des élections pour la droite est finalement assez contingent.
Article sympa sur un constat qui l’est moins. Les idées de Mme Bouteldja font plus de chemin que les nôtres et si notre identité sombre alors peut-être est-ce parce qu’elle le mérite après tout. Une nation qui s’affaiblit à transiger sur son Histoire et ce qui fait son essence n’a peut-être d’autre vocation que l’extinction.
Ce sera volontiers que je vous l’adresserai.
Pour l’heure voici un autre extrait de l’ouvrage de Fernand Braudel que je n’ai finalement pas utilisé :
“Qu’à nos yeux, l’unité de la France, non pas bien entendu son histoire, ne s’affirme vraiment ni avec Jeanne d’Arc, ni même complètement avec la Révolution Française, mais sans doute avec les tardives liaisons de chemins de fer, en leur temps miraculeuses, et avec l’extension de l’école primaire.”
Ce passage est intéressant car l’historien indique que l’unité nationale ne procède pas uniquement de l’histoire mais elle serait aussi la résultante du développement des chemins de fer qui ont favorisé les déplacements (ouverture sur l’extérieur et brassage des populations) et de l’instruction publique laïque et gratuite qui a donné à chaque futur citoyen un fonds commun de connaissances et de valeurs républicaines à travers l’instruction civique (Lois du 16 juin 1881 et du 28 mars 1882).
Beau passage.
Concernant l’importance de l’instruction publique, je pense que c’est l’un des enjeux principaux de ce débat. Il me semble que le délabrement de notre système éducatif est directement à mettre en lien avec une perte de certaines valeurs. Au nom d’un égalitarisme écrasant, je pense que le niveau demandé aux élèves a été fortement dévalué pour “amener 80% d’une classe d’âge” au bac. L’objectif est intéressant sur le papier (encore que…) mais dans la pratique, nous avons un diplôme qui ne vaut plus grand chose, d’abord parce que tout le monde l’a et en plus parce que le niveau d’exigence s’est dégradé (le bac ayant été bradé notamment lors des années marquées par les manifs anti-CPE). Bref, tout ça pour dire, ce qui semblait être le fondement de l’Ecole publique : exigence, mérite et sanctuarisation du savoir est aujourd’hui caduc. De fait, c’est toute la société qui est tirée vers le bas lorsque l’on demande moins à nos élèves.
Pour ma part, j’admire beaucoup la chanson :
J’assume tout de Clovis à Robespierre
J’assume tout de Rousseau et de Voltaire
J’assume tout
J’assume tout, l’ombre noire et la lumière
J’assume tout, l’éternel et l’éphémère
J’assume tout
J’assume tout, la grandeur et la misère
J’assume tout, l’éternel et l’éphémère
J’assume tout
J’assume tout, l’ombre casquée des frontières
L’or et la boue, la gloire et les cimetières
J’assume tout
Je pense que c’est une belle définition de ce qui fonde la France, car c’est tout cela en même temps comme vous le disiez.
Belles paroles d’une chanson que je ne connaissais pas.
Par qui a-t-elle été interprétée ?
Elle ferait écho à ce passage, toujours de Fernand Braudel, que je cite dans le billet à venir :
“Toute nation est divisée, vit de l’être. Mais la France illustre trop bien la règle : protestants contre catholiques, jansénistes contre jésuites, bleus contre rouges, républicains contre royalistes, droite contre gauche, dreyfusards contre antidreyfusards, collaborateurs contre résistants. La division est dans la maison française, dont l’unité n’est qu’une enveloppe, une superstructure, un pari.”
Ce passage résume un des paradoxes de la France dont l’histoire est en effet un tout, ombres et lumières. Il y a pu avoir des déchirements parfois sanglants mais fort heureusement prime malgré tout notre désir de vivre ensemble. Ne l’oublions jamais, notre destin est commun malgré nos petites querelles du quotidien.
J’ai toujours eu du mal à comprendre ceux qui ont une lecture “sélective” du passé. Qu’il soit glorieux ou piteux, nous devons l’accepter en bloc et essayer d’en tirer des enseignements qui permettent de comprendre que nous ne sommes que des citoyens qui s’inscrivent dans la marche du temps. Nous avons reçu des valeurs en héritage… mais qu’allons-nous transmettre aux générations futures si nous perdons peu à peu le sens de ce qui fonde le pacte républicain ?
S’agissant de la question de l’éducation, vaste débat, c’est en effet une des causes de la perte de repères qui affecte nos sociétés.
A mon sens, il conviendrait de s’interroger aussi sur la dislocation de l’intérêt général quand chacun veut faire valoir avant tout ses intérêts particuliers.
Je suis d’accord avec vous quant au danger de tomber dans le travers d’une Historiographie sélective. Mais sélective dans un sens, comme dans l’autre. Autrefois, il y avait une certaine idolâtrie de notre Histoire. Aujourd’hui malheureusement, c’est le contraire, nous sommes dans un cycle d’auto-flagellation et de repentance, discours sur lequel s’appuie largement Houria Bouteldja pour vouloir nous imposer des cultures venues d’ailleurs. Car derrière le discours :”Nous voulons l’égalité”, pointe la volonté non-avouée d’évincer la culture judéo-chrétienne occidentale pour une non-culture en quelque sorte, puisque ce serait une situation dans laquelle chacun pourrait décréter que son identité est valable et l’appliquer à sa famille, ses amis, son quartier, etc. On entre alors dans une phase de guerre perpétuelle des cultures. Bref, le discours de Houria Bouteldja me semble extrêmement dangereux. Le problème c’est qu’il progresse…
C’est Napoléon qui en achevant la Révolution a dit : « De Clovis au Comité de Salut Public, j’assume tout ».
La chanson est de Serge Lama – J’assume tout.
http://tinyurl.com/yhgpup2
Merci pour les références de la chanson.
j’aurais pu entendre le Président rappeler les paroles de Bonaparte.
Si je n’avais pas zappé le discours de Saint-Quentin
En ce qui concerne la “repentance”, il y a du vrai dans ce que vous dîtes. Je fais parfois des bonds, quand j’entends certains politiques “instrumentaliser” le passé avec le prisme d’aujourd’hui.
Repentance est un mot qui est emprunté au vocabulaire de l’Eglise. Faire acte de contrition pour ce qui a été peut être à double-tranchant. Manifester des regrets pour des actions passées est un discours qui s’adresse avant tout aux générations actuelles. Alors faut-il se livrer à cet acte public de repentir ou pas ?
Ma réponse serait nuancée.
Quand par exemple, Le Président Chirac exprima en 1995 les regrets de la République vis-à-vis de l’Etat Français, je lui reconnais le courage de l’avoir fait. A travers lui, l’Etat reconnaissait solennellement que Vichy était une des pages de l’histoire de la nation dont la République devait en assumer le poids. Jusqu’alors avait prévalu une attitude ambigüe. Il faut se souvenir des mots du Général De Gaulle qui déclara en 1944 que “Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu”. Mais paradoxalement, il convient de constater que toutes les lois de l’Etat Français ne furent pas abrogée à la Libération.
Il aura fallu attendre 2002 pour que le Conseil d’Etat (Arrêt Papon) reconnaisse la part de responsabilité de l’Etat pendant la guerre.
L’arrêt du Conseil d’Etat de 2002 qui fut précédé par la déclaration du Président Chirac en 1995 ont permis à notre pays d’intégrer les pages sombres du Régime de Vichy dans la continuité de notre histoire.
Autre exemple, j’avais trouvé légitime que Lionel Jospin, Premier ministre, annonce en 1998 que le moment serait venu de réhabiliter les “fusillés pour l’exemple de 1917 “. C’était, selon lui, un devoir de mémoire envers ceux qui à un moment en ont eu assez de vivre l’enfer des tranchées. Mais comme n’est jamais simple en “politique”, nous étions alors en 1998 en période de cohabitation, et le Président Chirac désapprouva le discours de son Premier ministre. Cette page des mutineries de 1917 est une une des parts d’ombre de ce conflit. Elle vient nuancer la tonalité d’ensemble de l’album couleur sépia de 14-18. J’en parle d’autant plus librement que mon arrière-grand-père fut brancardier à Verdun. Même si je ne connus pas directement, ma grand-mère m’a rapporté qu’il évoquait avec beaucoup de pudeur ce qu’il avait vu et fait lors de ce conflit.
Ensuite, il est vrai, faut-il étendre la repentance à tous les épisodes peu glorieux de notre histoire nationale ?
A ce titre, on pourrait s’interroger sur le bien-fondé de la loi Taubira qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Si cela permet à nos concitoyens ultramarins de renouer avec leur mémoire mutilée, l’objet de cette loi est louable.
Mais nous n’avons pas à nous flageller jusqu’à la fin des temps des actions commises en d’autres temps.
Se souvenir, oui, culpabiliser, non.
Est-ce que la loi peut empiéter sur le domaine des historiens ? Force est d’admettre que la loi peut être utile pour combattre certaines dérives négationnistes, mais ceci dit, le législateur a-t-il pour vocation d’interpréter les faits historiques ?
Nous avons reçu une histoire en héritage, c’est à nous citoyens qu’incombe de la connaître dans son intégralité, ombres et lumières. La connaître mais sans chercher à occulter quoi que ce soit en choisissant ce que bon nous semblerait.
L’importance de l’enseignement de l’histoire est fondamentale. Des travaux d’historiens, à l’instar de ceux de François Furet sur la Révolution, ont permis de nuancer un enseignement de l’histoire conçu comme un monolithique.
Désolé pour la longueur du commentaire